Ars-en-Ré et le diable pêcheur

Ars-en-Ré, village de pierre et d’eau.

Des petites maisons blanches aux volets verts d’eau, des venelles pavées ourlées de roses trémières… vous êtes à Ars en Ré.

Répertorié comme l’un des « plus beaux villages de France », il vous offre son calme pittoresque, et sa baie, magnifique plan d’eau de 800 hectares, qui se transforme, à marée basse, en terrain de jeu pour ceux qui aiment la pêche à pied.

Bref, un séjour à Ars-en-Ré devient presque insolite par la sérénité qui y règne !

 

Ars-en-Ré et le diable…

Mais peut-on vraiment parler de calme et de sérénité quand on sait que des légendes courent sur le port, et notamment l’une d’elles dont le personnage principal n’est autre que le diable !

Cette histoire, avec votre sarrau de grosse toile ocre délavée par la mer, la casquette bien enfoncée sur l’œil, et pipe au bec, vous pourrez essayer de la conter dans quelque café, pour vous faire passer pour un autochtone !

Écoutez donc…

Ce jour-là, voilà que Mathieu, un marin aguerri par toutes les mers du globe, et qui n’avait pas froid aux yeux, s’est fait prendre par la basse mer comme un moussaillon débutant !
Il faut dire que le chenal à la sortie de la baie du Fiers avait tendance à s’ensabler de plus en plus.
Bref, le voilà échoué, et pas fier ! Ne restait plus qu’à prendre la barque, et à rentrer un peu penaud en attendant la marée prochaine.

À la nuit, le voilà donc de retour chez lui, bougonnant et de mauvaise humeur ! Mais bon, il n’allait quand même pas accepter de perdre son temps ainsi…

À ce moment de l’histoire, il faut signaler que Mathieu exploitait aussi une des écluses de Nouron, ces espaces demi-circulaires entourés d’épaisses murailles de pierres sèches, construits sur les grèves, et dans lesquels l’eau, et les poissons, restent après marée haute.

Aussi, après dîner, il enfile un gros pull sous son ciré, il remet ses bottes, il prend son fanal, il charge son matériel de pêche sur l’épaule, et le voilà parti. La venelle des Bonnes-Femmes, le chemin sablonneux de Mouétroune, en dépit de la nuit noire, sans lune, il n’a aucune hésitation.

Arrivé à l’écluse de Nouron, il n’entend aucun bruit, sauf, au loin, les grondements sourds des brisants d’Antioche. Il pense qu’il va pêcher seul.
Mais, arrivé à la partie de murailles la plus élevée, il lui semble distinguer une silhouette noire assise sur les pierres. Il s’approche, et allume son fanal pour mieux le voir, mais à chaque fois qu’il en approche la lumière, elle s’éteint, puis se rallume seule quand il la recule. Curieux phénomène, insolite, inexplicable, et qui le fait frissonner…

« Pourquoi n’as-tu pas allumé ton fanal ? », lance-t-il à la silhouette En effet, c’est ce fanal un peu rougeâtre qui attire le poisson devant le pêcheur, et lui permet donc de lancer son épervier efficacement.
En réponse, il entend une sorte de grognement, puis « Regarde-moi ». Et, aussitôt, les yeux du personnage se mettent à luire vivement, rouges comme deux braises.
« Allons », dit le diable, car c’était bien lui, « éteins ton fanal et suis-moi ».
Et tout son corps se met à irradier, de plus en plus vivement, d’une lumière rouge effrayante.

Ils sont maintenant debout, côte à côte, sur la muraille, au meilleur endroit pour pêcher. À leurs pieds, l’eau noire est agitée par la multitude de poissons attirés par cette lumière.

 

 

Très insolite… le diable pêcheur d’ Ars-en-Ré

« Et bien, qu’attends-tu ? Pêche ! »

Glacé d’effroi, il lance son épervier. Puis le ramène grouillant de poissons. Il le relance et le ramène encore. Et encore… et encore…

Avaricieux, il pense qu’il ne distribuera aucune de ses prises.
Menteur, il pense qu’il ne dira à personne qui n’a pas péché tout cela tout seul.
Tricheur, il pense qu’il se gardera bien de déclarer cette pêche miraculeuse.
Fainéant, il pense qu’il commence à être bien fatigué… bien fatigué… bien fatigué…

« Dis-moi, je pense que je vais m’arrêter là… je suis bien fatigué… »
« Il n’est pas très tard, et il y a encore beaucoup de poissons qui s’agitent, là, juste devant. Tu es bien sûr de ne pas pouvoir continuer un peu ? »
« Non, je n’ai plus envie de continuer… je suis trop fatigué… »
« Comme tu voudras… »

Et, aussitôt, il n’y a plus une ride sur l’eau, comme si tous les poissons avaient disparu.
« Et bien, maintenant, compte tous les poissons que tu as péchés »

Intérieurement, Mathieu ronchonne devant cette demande bizarre. Mais, quand on a le diable devant soi… alors, il compte… « Cinquante, cinquante et un… soixante-quatre, soixante-cinq… quatre-vingt-huit, quatre-vingt-neuf… voilà, c’est le dernier. Il y en a quatre-vingt-neuf ».
Un rire rauque…
« Et bien, vois-tu, ce nombre, auquel tu t’es arrêté, il représente exactement le nombre d’années que va durer ta vie… ».
Et, aussitôt, la lueur rouge s’éteint, et la silhouette disparaît…

Bien des années plus tard, Mathieu est mort soudainement, le jour de son anniversaire. Il venait d’achever sa 89e année…

Amis voyageurs, si vous passez par Ars-en-Ré, évitez d’aller pêcher la nuit sur les écluses de pierres, construites sur les grèves… vous pourriez y faire de mauvaises rencontres !

 

Bureau d'Accueil d'Ars-en-Ré
25 Place Carnot,
17590 Ars-en-Ré
Tél. : 0
5 46 09 00 55

ot-arsenre@orange.fr

 

 

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